Présentation

Médiations sur l'enseignement des lettres classiques, des langues anciennes, des langues et cultures de l'Antiquité ou des sciences de l'Antiquité. Appelez cela comme vous voulez.

Blog de Vincent Bruni, professeur de lettres classiques en collège, membre du GRIP, du collectif Arrête ton char et de l'ADLAP (Association pour la Diffusion des Langues Anciennes en Picardie), convaincu de l'intérêt pour tous les élèves de travailler l'Antiquité grecque et romaine dans toutes ses dimensions.

Rappels de circonstance:
1) Les propos tenus ici n'engagent que leur auteur et non les diverses associations auxquelles il adhère;

2) L'auteur n'est qu'un simple enseignant qui fait des propositions...

dimanche 17 mai 2015

Langues anciennes et EPI, petite FAQ

Les débats autour de la réforme du collège se focalisent sur les intentions annoncées de celle-ci, et se sont polarisés politiquement. 
Certains, très contents de pouvoir ressouder leur camp, se lancent dans une défense et illustration des langues anciennes en oubliant leur responsabilité dans la situation actuelle de ces disciplines (suppressions de postes et réforme du lycée). D'autres se félicitent de la future démocratisation des langues anciennes sans jamais se pencher sur les conditions dans lesquelles elle pourrait se poursuivre dans ce nouveau cadre. 

On discute des principes, on fait de grandes phrases, on propose des analyses sur la place, le rôle social de telle ou telle discipline (et notamment des langues anciennes) mais, curieusement, jamais on ne fait de prospective sur les effets de la réforme sur les langues anciennes en particulier, jamais on évoque ce paradoxe d'avoir fait disparaître des grilles une discipline pour la transformer en module interdisciplinaire, mais avec tout de même un programme et une possibilité de groupe d'approfondissement, ce qu'en bon français on appelle une "option".

Lorsque, sur les réseaux sociaux, l'auteur de ces lignes interpelle des responsables syndicaux, des journalistes éducation ou encore des responsables du ministère, il n'a jamais de réponse. Peut-être parce que, tout simplement, personne n'est capable de percevoir les effets de cette nouvelle organisation sur la discipline LCA.

Je laisse volontairement de côté pour le moment la communication absolument calamiteuse et désastreuse de notre ministre, mais je pense y revenir dans un prochain billet.


Je vais maintenant lancer une bouteille sur le web, pour essayer de voir qui pourra répondre à ces quelques questions. Je passe donc en mode de rédaction type "FAQ".

Quelles seront les disciplines mises à contribution pour l'EPI LCA?

Quel(lle)s professeur(e)s accepteront de donner de leurs heures disciplinaires, et potentiellement s'alourdir en nombre de groupes, pour faire exister un EPI LCA dans leur établissement?

Quels parents accepteront que leur(s) enfant(s) ai(en)t moins d'heures dans deux disciplines ou plus pour assister à des cours de LCA?

Dans quelle mesure un programme dédié à un module interdisciplinaire dont l'organisation est laissée à la discrétion de chaque établissement sera-t-il opérant?

Pourquoi proposer un enseignement de complément dont on doit prendre les heures sur les marges professeurs, c'est-à-dire sur la possibilité de dédoubler des groupes en science ou en LV?

Un établissement rural, qui concentre souvent des difficultés sociales importantes et qui a peu d'effectifs, pourra-t-il se permettre de proposer un enseignement de complément?

Un établissement de centre-ville, souvent plus chargé en effectifs, avec cependant des difficultés sociales et scolaires moindres (et donc un besoin de dédoublement moins important), mais soumis à la concurrence du privé (1), n'est-il pas plus avantagé par cette réforme?

Que vont faire les collègues de LCA qui vont perdre leurs heures d'enseignement des langues anciennes? Que vont devenir les collègues de lettres forcés, à terme, à quitter leur poste ou le compléter du fait du retour massif des professeurs de lettres classiques sur l'enseignement du français uniquement?

Cette réforme va-t-elle réellement permettre une démocratisation de l'enseignement des langues anciennes au collège?

Cette réforme va-t-elle permettre, comme le pense le ministère, une remontée des effectifs au lycée?

Cette réforme va-t-elle changer le regard des rectorats sur les langues anciennes au lycée et permettre d'ouvrir des groupes d'option?

Quels vont être les effets de cette réforme sur le supérieur, et donc sur la filière dans son ensemble, à l'heure de la loi LRU et de la disparition généralisée des enseignements de langues anciennes dans les universités? 

(1) Rappelons que si environ 20% des élèves de l'enseignement public sont latinistes, ils sont environ 27% dans l'enseignement privé, qui arrive visiblement à trouver le moyen de le proposer à davantage d'élèves (source: Billet de Ph. Cibois sur la rentrée 2013).


Aucun commentaire:

Publier un commentaire